Friday, May 6, 2011

La Chine n'aime pas l'art moderne


AiWeiWei,2009


Comme vous le voyez sur cette photo de 2009, le célèbre artiste chinois Ai Wei Wei n'a pas sa langue dans sa poche, et collectionne depuis deux ans les ennuis avec un gouvernement de plus en plus nerveux avec tout ce qui ressemble à une revendication démocratique. On lui a détruit son studio récemment. Et la police l'a arrêté, il y a quelques jours, alors qu'il prenait l'avion pour Hong Kong. Depuis, on ne sait pas trop ce qui lui arrive. Il y a eu une perquisition chez lui. Il est possible qu'on lui reproche son intention d'ouvrir un studio à Berlin. Il est certain qu'on lui reproche le bruit qu'il continue à faire sur la manière dont on reconstruit le Szichuan après le tremblement de terre, sa dénonciation de la corruption et de l'ânerie de la bureaucratie, et, par dessus tout, sa personnalité débordante et son succès international, qui pourrait faire de lui un porte-parole des démocrates chinois (il expose en ce moment à la Tate Gallery de Londres, le mois prochain à New York).

Il faut donc suivre l'affaire, participer autant qu'on le peut aux campagnes pour sa libération et celle d'autres démocrates, et rappeler que la Chine est encore et toujours un pays totalitaire, ennemi de la liberté, infréquentable.

Parenthèse amusante (éclairante?), Ai Wei Wei avait dessiné, avec le cabinet d'architecture suisse Herzog & de Meuron, le stade emblématique des Jeux Olympiques de Pékin : le Bird's Nest. Mais il s'était très vite désolidarisé des Jeux, et de toute la propagande autour, qu'il avait appelé le "prétendu sourire du mauvais goût". L'architecture peut être moderne, post-moderne, hyper-moderne, méta-moderne, tout ce qu'on veut - en Chine comme à Dubai. Mais l'art doit rester servile. Les dos courbés. Et la parole tue. Alors, dans ces conditions : qu'est-ce que le modernisme?

Birds_nest

Un ascenseur? Dix? Cent? Trois cent étages? Ou juste un doigt levé contre la tyrannie des pouvoirs établis et leur géographie vulgaire? Voilà pourquoi, en plus de devoir être défendu comme il nous faut défendre toute autre personne privée de sa liberté par un régime tyrannique, la parole, l'être, le geste de Ai Wei Wei nous sont précieux.

Personne n'est absolument moderne en faisant des gratte ciel ou des villes souterraines ou des pavillons d'ultra-banlieue écologiquement corrects ou des chaumières bunkers ni des fermes normandes autour d'un Jeff Koons. Rien à voir. La modernité est d'abord une éthique. Ancienne. Exprimée aujourd'hui. Contre les temps. Comme elle le fut depuis toujours.

Ai_weiwei


Ai_weiwei


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Soutien du Jeu de Paume à l'artiste chinois Ai Weiwei

Soutien du Jeu de Paume à l'artiste chinois Ai Weiwei

(AFP) –

PARIS — Le Jeu de Paume, qui prépare une exposition sur l'artiste chinois Ai Weiwei, a fait savoir mercredi qu'il s'associait à la pétition lancée par le musée Guggenheim de New York en faveur de la libération du plasticien détenu depuis un mois en Chine.

Le Jeu de Paume, institution parisienne dédiée à la photographie, a prévu de consacrer une exposition à Ai Weiwei en février 2012. Elle sera co-produite par le Fotomuseum Winterthur, qui doit la présenter pour sa part dans quelques semaines en Allemagne.

Ai Weiwei, 53 ans, a été arrêté à l'aéroport de Pékin le 3 avril alors qu'il embarquait pour Hong Kong, afin de rejoindre l'Europe, notamment l'Allemagne puis Paris, où il devait venir repérer les espaces au Jeu de Paume.

"Ai Weiwei est un artiste conceptuel engagé. C'est pourquoi le Jeu de Paume, qui présente souvent des artistes qui portent un regard critique sur la société, a jugé intéressant de l'inviter", a souligné Marta Gili, directrice du Jeu de Paume, interrogée par l'AFP.

Alfred Pacquement, directeur du Musée national d'art moderne du Centre Pompidou à Paris, a lui aussi signé la pétition lancée par le musée Guggenheim de New York.

Adressée au ministre chinois de la Culture, cette pétition en ligne "Free Ai Weiwei" a été signée par 129.500 personnes dont les conservateurs de plusieurs musées d'art contemporain notamment américains.

Elle est hébergée sur le site de pétitions Change.org, qui a annoncé fin avril avoir subi des attaques de pirates informatiques chinois.

Mardi, le sculpteur britannique d'origine indienne Anish Kapoor a annoncé dédier à Ai Weiwei son oeuvre "Leviathan", présentée à partir du 11 mai au Grand Palais à Paris, dans le cadre de la manifestation "Monumenta".

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What a night! Thanks so much for stopping by and making the Opening so fantastic.

Bob Marley - The Making of a Legend -


esther Anderson, Bob Marley


After 30-some-odd years, and even after his death, there might still be a side to reggae legend Bob Marley very few have seen.

Esther Anderson, a close friend of Marley from as early as the 1970s, when the reggae icon was still relatively unknown outside Jamaica, will release a documentary on the legend. Titled Bob Marley - The Making of a Legend, the feature will have footage previously thought to have been lost.

According to a story on bbc.com, released days ago, Anderson had left her career as an actress to try to help promote Marley whose first album was not doing well.

Catch A Fire caught fire before Anderson released the footage, which she had thought was lost at Island Records on Old Hope Road (today it is The Bob Marley Museum).

The BBC report says the film charts the rise of Bob Marley and The Wailers.

The report also indicates many other elements of Marley's life that are well known.

Anderson is quoted for instance, as saying, she thinks if Marley were alive today, he would still be breaking hearts.

More to the point, however, the article points out that, even at that stage, (according to Anderson) Marley had the very recognisable makings of a star - though he never knew it.

Thus, the idea of filming intimate moments that would bring that star power into focus was the point of making the film.

own money used

The article also points out that Anderson, who had just done a film with Sydney Poitier, had to use her own money to make the film because the project was not backed financially by Chris Blackwell's Island Records.

"I had no budget. Chris said go ahead but I had to do it on my own. So I gathered a crew and equipment and I started to film," the article quotes Anderson as saying.

Anderson also speaks intimately about what life was like with The Wailers during the time she made the tapes.

According to her, the original Wailers spent much of their time at Island Records discussing "philosophy, the sufferings of the people." Her memory of things of that nature is captured on the film and with photographs.

The article claims that Anderson played an integral role in leading Marley to Rastafarianism.

That marriage came through a meeting with Ras Daniel Hartman, who she is said to have introduced to Marley.

That meeting also showed, according to the article, the potential of strengthening the link between Rasta and reggae, a link that today seems inextricable.

"The red, green and gold and all of that were my ideas," Anderson is quoted as saying in the article.

"I shot the thing and put it together and sent it over [to London]."

The images, as have become popular knowledge, were used to sell Marley's image - the most memorable, of course, being the picture of Marley smoking a spliff.

The recordings haven't just been found though, as it was approximately 11 years ago that Jeremy Marre, a British documentary maker, had a meeting with Anderson. From that meeting, stemmed a relationship that would lead her to the tapes. Marre had actually gathered the tapes among archive material he had intended to use.

The film, called Bob Marley - The Making of a Legend, is made with Gian Godoy and will be presented, though not in finished form yet, at the British Film Institute in London as part of the African Odysseys programme.

The programme, which seeks to reveal little-known facts about black history will also feature 'I Heard It Through the Grapevine'.

That film, produced by Dick Fontaine and Pat Hartley, is a film essay, written by James Baldwin.

The film seeks to speak about the civil rights movement, what works and what didn't.

It features Baldwin, his brother David, Chinua Achebe, Fanni Lou Hamer, Amiri Baraka, and other friends Baldwin made during the '60s.

Baldwin takes a critical look at the strategies and tactics used by the black community in the '60s during the civil rights movement.

Andrés Serrano: "Soy cristiano. Es más, soy un artista cristiano"


Una obra del fotógrafo neoyorquino que representa un crucifijo dentro de un tarro de orina es destrozada en Francia tras una manifestación cristiana

EL PAÍS - Madrid - 20/04/2011


Immersión - también conocida como Piss Christ - es una de las obras más conocidas del fotógrafo Andrés Serrano (Nueva York, 1950). Y de las más polémicas: es una fotografía de un crucifijo sumergido en un bote de orina del artista. Cuando fue exhibida por primera vez en 1987 ya causó una gran controversia. Durante los últimos 34 años han sido constantes las quejas por esta obra desde la Iglesia y desde las ramas más conservadoras de la cultura norteamericana y europea. La última reacción contra el artistas y esta obra tuvo lugar el pasado domingo, cuando dos personas entraron en el Museo de Arte Contemporáneo de Aviñón (Francia) y destruyeron con un martillo una copia de la imagen allí expuesta tras la celebración de una marcha católica de un millar de personas. El fotógrafo se defendió ayer de las críticas y del ataque en el diarioLiberátion: "Soy cristiano. Es más, soy un artista cristiano".


Serrano se ha mostrado muy sorprendido del ataque a su obra y ha asegurado que le gustaría "trabajar en el Vaticano, hacer una gran obra religiosa en Roma, en las iglesias de la ciudad pontificia". "Me gustaría que la Santa Sede comprenda que soy un artista profundamente cristiano de mi tiempo", ha dicho Serrano. El fotógrafo ha insistido en que no tiene "ninguna simpatía por la blasfemia". Desde que comenzara su actividad a principios de los años 80, su obra ha sido objeto de ataques vandálicos por parte de sus detractores religiosos.

"Si una obra se convierte en algo demasiado legible, no es arte, es propaganda. Tomé un crucifijo porque es un objeto banal", ha dicho Serrano. "Apelando a la sangre, la orina o las lágrimas, provoca reacciones. También es un modo de recordar a todo el mundo el horror que pasó Cristo". El fotógrafo suele tratar temas relacionados con el cuerpo humano, la muerte y el sexo y para ello utiliza secreciones humanas como sangre, lágrimas, esperma o leche maternal.

El ministro francés de Cultura, Frédéric Miterrand, condenó los hechos en un comunicado en el que denunció un "ataque contra un principio fundametal" que pasa por respetar "la libertad de expresión y de creación", informa Efe.

El museo de Aviñón volvió ayer a abrir sus puertas y ha dejado la obra expuesta tal y como las dejaron los vándalos en señal de apoyo al artista y como defensa de la libertad de expresión.

Tuesday, April 19, 2011


Charlotte Perriand aimait avoir « l’œil en éventail », c’est-à-dire attentif à tout, aux êtres et aux choses, surtout les plus humbles. Son « œil en éventail » devenait régulièrement « œil photographique » pour générer des photos d’avant-garde, elles-mêmes servant à ses très novatrices créations de mobilier.

Voilà ce que le Petit Palais souhaite faire découvrir au public en déployant photos et mobiliers de Charlotte Perriand aussi bien dans la salle d’exposition du rez-de-chaussée, dite Hall Jacqueau, que dans les salles de collections permanentes en résonance, alors, avec les meubles du XVIIIe siècle, les peintures réalistes, les vases grecs…

Cette exposition s’inscrit dans la politique du Petit Palais de donner toute la place qui lui revient à l’art de la photographie et de contribuer à la mise en valeur de l’art français du mobilier.

Commissariat

Gilles Chazal, conservateur général, directeur du Petit Palais

Sylvain Lecombre, conservateur en chef des musées de la Ville de Paris

Pernette Perriand-Barsac et Jacques Barsac, commissaires associés

Exposition réalisée en collaboration avec le Musée Nicéphore Niépce, le Museum für Gestaltung Zürich et les archives Charlotte Perriand.

Rembrandt et la figure du Christ -Musée de Louvre-


Rembrandt et la figure du Christ

Une série de sept visages peints à l’origine d’une énigme. En choisissant de représenter très certainement un jeune juif de son temps, Rembrandt donne dans les années 1640 une réponse tout à fait singulière à la question : mais à quoi donc pouvait vraiment ressembler le Christ ? Ce faisant, il rompt avec toute la tradition de l’art chrétien. Réuni pour la première fois depuis plus de trois cent cinquante ans, cet ensemble d’esquisses rares, dispersées à travers l’Europe et les Etats-Unis, met en lumière l’originalité radicale de Rembrandt. Co-organisée avec le Philadelphia Museum of Art et le Detroit Institute of Arts, l’exposition se développe autour de ces « Têtes du Christ» en rassemblant au total quatre-vingt-cinq œuvres (peintures, estampes et dessins) à l’iconographie resserrée sur l’idée que se faisait Rembrandt de l’apparition miraculeuse du Christ. Parmi elles, des œuvres essentielles comme le magnifique Pèlerins d’Emmaüs du musée du Louvre ou encore la Pièce aux Cent Florins (Bibliothèque nationale de France), peut-être la plus célèbre des eaux-fortes rembranesques.

La nouvelle représentation du Christ proposée par Rembrandt et sa réinvention de la grande peinture constituent le propos de cette exposition. Elle n’a pas, en effet, pour but de montrer un florilège des aspects de « cette personne supérieure », pour reprendre une formule célèbre, dans l’œuvre du maître et d’offrir une somme sur le sujet. Tout au contraire, il s’agit de mettre en scène une énigme que le « cas Rembrandt » offre à l’histoire de l’art : l’éventualité paradoxale d’une représentation du Christ d’après nature, sur le vif – à Amsterdam au cœur du XVIIe siècle – et dans laquelle entrerait une forme de véracité historique. Pour ce faire, Rembrandt aurait fait poser un jeune homme de la communauté juive d’Amsterdam dans son atelier, et se serait par la suite inspiré de ces études, peintes ou dessinées par lui et ses élèves, dans sa peinture d’histoire.

Cette démarche unique soulève plusieurs questions : pourquoi et dans quelle mesure Rembrandt a-t-il choisi de rendre sa figure du Christ si radicalement différente de celle qui – y compris dans sa propre imagerie religieuse antérieure – dominait jusqu’alors ? La part de l’originalité foncière de Rembrandt, les motivations proprement artistiques d’une telle entreprise, la beauté qui peut en résulter, l’importance d’une telle démarche en regard des commentaires (visuels et textuels) immensément nombreux sur la figure du Christ : l’exposition aura à cœur de mettre en avant les données essentielles de cette question, tout en insistant sur le cas des Pèlerins d’Emmaüs, un des chefs-d’œuvre du Louvre.

Commissaires de l’exposition : Blaise Ducos, conservateur, département des Peintures, musée du Louvre ; Lloyd DeWitt, conservateur adjoint pour la peinture européenne antérieure à 1900 au Philadelphia Museum of Art et George S. Keyes, conservateur émérite pour la peinture européenne au Detroit Institute of Arts.

L’exposition adopte un parti-pris chronologique centré sur la réunion des sept figures du Christ et les Pèlerins d’Emmaüs du Louvre. Elle embrasse l’ensemble de la carrière de Rembrandt, de ses années de jeunesse à sa pleine maturité et réunit toutes les techniques utilisées par l’artiste - du dessin hâtivement tracé où il réussit à merveille à fixer un mouvement, une expression passagère mais significative, à des compositions picturales élaborées, en passant par des eaux-fortes dans lesquelles Rembrandt excellait.

Les sections liminaires de l’exposition permettent d’évoquer les œuvres de jeunesse de Rembrandt et de rassembler les tableaux et gravures qui ont formé sa culture visuelle, notamment les grands maîtres graveurs du XVIe siècle, Dürer, Lucas de Leyde, Goltzius, mais aussi Mantegna. Dès le début de sa carrière, Jésus s’impose comme le personnage de prédilection de Rembrandt et il est manifeste que ses œuvres religieuses lui tiennent particulièrement à cœur, qu’il s’agisse de tableau : Le Repas à Emmaüs (Paris, musée Jacquemart-André) ou de gravure : La Résurrection de Lazare (Paris, BnF). Cette partie de l’exposition souligne aussi l’émulation artistique : la représentation du Christ est le grand sujet de la peinture d’histoire et Rembrandt entend surpasser les maîtres de la Renaissance nordique et influencer ses contemporains. Dans une Crucifixion de 1631 (Le Mas-d’Agenais, collégiale Saint-Vincent), Rembrandt montre déjà le Christ comme un homme chétif, défait, martyr, misérable, à l’opposé du corps glorieux peint par Rubens. Elle est présentée entourée par des tableaux du même sujet par Jan Lievens (Nancy, musée des Beaux-Arts) et Jacob Backer (Saint-Pétersbourg, musée de Pavlovsk). Ce rapprochement met en évidence que les autres peintres réagissent en voyant son Christ et apportent en réponse leur propre proposition.

Eléments de contexte : « L’Enquête sur l’Orient »

Si Rembrandt s’engage dans une démarche révolutionnaire, le contexte dans lequel s’inscrivent sa réflexion et son travail mérite d’être brièvement rappelé pour comprendre les enjeux de l’exposition. Rembrandt est aussi le produit de son époque et surtout de son pays. La Hollande est alors la première puissance économique d’Europe : sa Bourse est la première place financière du monde, sa marine domine les mers et son drapeau flotte sur tous les continents, du Brésil à Java. Le fort ancrage de la flotte commerciale hollandaise en Méditerranée et sa maîtrise des échanges avec les pays du Levant ont une incidence essentielle sur le développement des connaissances des savants. Le caractère particulièrement tolérant et multiconfessionnel du pays attire des spécialistes européens du Proche-Orient dans les universités hollandaises. Les presses universitaires publient en hébreu, en syriaque, en arabe ; les manuscrits orientaux sont très recherchés par les collectionneurs. Tout cela participe du grand mouvement de « l’enquête sur l’Orient » et Rembrandt, lui-même collectionneur encyclopédique, n’a pas pu rester insensible à ce vaste élan intellectuel.

Par ailleurs et pour aborder d’une manière plus générale la façon de travailler de l’artiste, il a toujours cherché à représenter au mieux la nature. Il est loin d’être anodin qu’il ait refusé les académies, refusé le voyage en Italie pour se concentrer sur le travail en atelier avec des modèles vivants.

Comment peut-on peindre le Christ d’après nature au XVIIe siècle ?

Pendant les vingt premières années de sa vie d’artiste, Rembrandt a représenté le Christ à d’innombrables reprises en restant fidèle aux précédents établis par l’art des anciens Pays-Bas et l’art italien, mais un grand changement est survenu dans la conception qu’il s’en fait au cours des années 1640. Rembrandt vit au contact de la communauté juive d’Amsterdam lorsqu’il entreprend de peindre plusieurs figurations en buste du Christ. Il y récuse toute représentation idéalisée et choisit de traiter Jésus comme une figure historique. Il défie alors la haute autorité spirituelle du prototype transmis depuis l’Antiquité et promulgué par l’Église chrétienne universelle. Cette image canonique, voire stéréotypée du Christ, avait été affirmée par des siècles de tradition, et affinée au fil de controverses ecclésiastiques – parfois dans le sang. Le modèle repose alors essentiellement sur la « Lettre de Lentulus », qui donne une description (apocryphe) idéale de Jésus.

Repenser l’imagerie du Christ est un sujet de choix pour un peintre aussi soucieux de rendre compte des passions et de la vérité d’un destin individuel. Ces visages peints sont remarquables par l’empathie qu’ils suscitent, véritable marque de la nouvelle formulation de la personnification divine qu’a développée Rembrandt. Sur chacune de ces petites études, l’attitude et l’expression du sujet diffèrent, l’artiste voulant témoigner des diverses facettes du tempérament du Christ : humilité, douceur, compassion, vulnérabilité, doute, souffrance. Par cette image radicalement différente de celle mise en avant jusqu’alors dans l’art européen, Rembrandt cherche à représenter l’émotion éprouvée et suscitée par le Christ, faisant du corps de celui-ci le réceptacle des sentiments.

Si elle ouvre la voie à de nouvelles recherches picturales, cette expérimentation de Rembrandt demeure un phénomène isolé, reprise par certains de ses élèves seulement. Ensuite la parenthèse se referme sans faire école et les essais du maître n’entraînent pas de changement radical dans la représentation du Christ en peinture.

La réflexion menée par Rembrandt autour de la double nature du Christ relève d’une problématique à la fois théologique et artistique : la question de la présence exceptionnelle et la mise en peinture de son surgissement dans le réel. Les scènes bibliques sont incontestablement celles dans lesquelles Rembrandt déploie avec le plus d’ampleur son extraordinaire talent de narrateur. Plus que dans tout autre thème, Rembrandt y fait preuve de la puissance de ses moyens et de son talent à disposer les figures et donner de l’intensité aux scènes, quels que soient l’épisode ou le nombre de personnages. Le moindre mouvement est déterminant pour la cohésion des figures entre elles et montre combien l’artiste maîtrisait la construction d’une scène.

Ce n’est pas un hasard si un lien étroit unit les sept « Têtes » au type du Christ mis en forme durant les années de sa maturité, notamment dans des œuvres aussi significatives que les Pèlerins d’Emmaüs du Louvre et La Pièce aux Cent Florins. Visage, corps, silhouette, des lignes générales au détail de la peau : tout cela compose la « figure » du Christ vue par Rembrandt. La peinture illusionniste qu’il a privilégiée à ses débuts se fait de plus en plus allusive et suggestive. Ce changement d’orientation significatif dans son traitement des sujets religieux révèle une conception plus apaisée et méditative. Sans que soit jamais altérée la force narrative de son art, la présence active et puissante du Christ parmi la foule laisse peu à peu la place à une tranquillité et une sérénité sublimes.

Petit à petit Rembrandt développe l’idée que, par sa seule présence, le Christ est un objet de méditation et donc nécessairement un objet de perception. Cette perception du Christ par les personnes auxquelles il apparaît et la réaction de ces dernières à sa présence, les sentiments qui naissent en elles, constituent une préoccupation constante dans l’œuvre religieuse de Rembrandt. De ce fait, il est certains moments du ministère de Jésus qui posent des questions analogues à celles entourant les événements qui ont suivi sa mort et sa résurrection : Le Christ dans la maison de Marthe et Marie, Le Christ apparaissant aux disciples, Le Christ apparaissant aux disciples sur le Mont des Oliviers se détachent de la sorte parmi les épisodes de la vie de Jésus. Ces thèmes forment autant de satellites nécessaires autour du groupe d’esquisses peintes, elles-mêmes entourant les Pèlerins d’Emmaüs du Louvre.

Dans ces œuvres, Rembrandt met en forme une réponse artistique des plus personnelles à la présence du Christ, entre méditation et émotion. Cette dimension méditative reflète l’intime conception qu’avait Rembrandt de l’essence du Christ comme flambeau spirituel et l’image du Christ qui en résulte eut sans doute un sens profond pour l’artiste, outre l’évident défi lancé à la grande tradition de ses prédécesseurs de la Renaissance nordique (primitifs flamands, Dürer, Lucas de Leyde...).

Informations pratiques

Horaires

Tous les jours, sauf le mardi, de 9h à 18 h, les mercredi et vendredi jusqu’à 22h.

Tarifs

Billet spécifique pour les expositions

Rembrandt et la figure du Christ et Claude Le Lorrain. Le dessinateur devant la nature : 11 € Billet jumelé (collections permanentes + expositions Rembrandt et la figure du Christ etClaude Le Lorrain. Le dessinateur devant la nature ) : 14 €

Accès libre pour les moins de 18 ans, les chômeurs, les titulaires des cartes Louvre jeunes et Louvre professionnels ou de la carte Amis du Louvre.

Renseignements

Tél. 01 40 20 53 17 - www.louvre.fr

Autour de l’exposition

Rembrandt et la figure du Christ Publications

␣␣Catalogue de l’exposition, coéd. musée du Louvre Éditions/ Officina Libraria. 39 €. Cette publication a été rendue possible grâce au soutien du musée d’art Mercian Karuizawa

␣␣Album de l’exposition, coéd. musée du Louvre Éditions/Officina Libraria, 6,90 €.

Ces deux ouvrages sont réalisés avec le soutien d’Arjowiggins Graphic.

A l’auditorium du Louvre

Conférence

Jeudi 12 mai à 12h30

Présentation de l’exposition,

par Blaise Ducos, musée du Louvre

Colloque : « Le Christ de Rembrandt »

Mercredi 20 avril, de 15h à 19h

Programmation : Monica Preti-Hamard

* Le Christ de Rembrandt, entre énigme et tradition artistique

par Blaise Ducos

* Jésus sur le vif par Jérôme Prieur

* Rembrandt l’évangéliste par George S. Keyes

* Débat

* Une image radicalement nouvelle : le Christ de Rembrandt

par Lloyd DeWitt

* L’originalité des « Têtes » du Christ par Rembrandt, entre Flandres et Hollande au Siècle d’or par Nico van Hout

* La restauration des Pèlerins d’Emmaüs de Rembrandt par Pierre Curie, Isabelle Leegenhoek et Bruno Mottin

* Le Christ de Rembrandt et l’enquête sur l’Orient dans la Hollande du XVIIe sièclepar Blaise Ducos

* Débat

* Projection de Résurrection, épisode 9 de la série documentaire « Corpus Christi » réalisée par Gérard Mordillat et Jérôme Prieur (une coproduction Archipel 33 – La Sept Arte). 52 min.

Films sur l’art (salle audiovisuelle) Mercredi 6 et 20 avril, 4 et 18 mai, 1er, 15 et 29 juin, 6 et 20 juillet Vendredi 1er, 15 et 29 avril, 6 et 20 mai, 3 et 17 juin, 8 et 22 juillet

Rembrandt, le miroir des paradoxes : autoportraits

Réal. : Alain Jaubert , Fr., 28 min, 1991 (production musée du Louvre), série « Palettes ».

Rembrandt

Réal. : Stan Neumann, Fr., 2009, 43 min (coproduction musée du Louvre), série « La vie cachée des œuvres ».

Visite-conférence dans l’exposition

Renseignements au 01 40 20 52 63 ou sur louvre.fr A partir du 28 avril et jusqu’au 9 juillet inclus.